Rosé des Riceys 2022
Il y a des vins qui cherchent à plaire à tout le monde.. mais ce n'est pas le cas du Rosé des Riceys du Domaine Alexandre Bonnet
Confidentiel par nature — 4 509 bouteilles et 150 magnums, c'est tout — il s'adresse à ceux qui cherchent autre chose : un vin de caractère, de gastronomie, de temps long.
Un terroir taillé pour le Pinot Noir
La parcelle La Forêt ne ressemble à aucune autre. Calcaires et marnes du Jurassique Kimméridgien légèrement ferrugineux, exposition plein Sud avec une légère inclinaison Est, pente à 45 % et altitude moyenne de 250 mètres — chaque paramètre joue en faveur d'une maturité lente, profonde, complexe.
Le Pinot Noir qui pousse ici est issu d'une sélection massale du Domaine plantée en 1974. Cinquante ans de vigne, de sol apprivoisé, d'enracinement. On ne triche pas avec ça.
La taille est raccourcie — 8 yeux au lieu de 10 — pour limiter les rendements et concentrer l'énergie de la plante dans ce qui compte vraiment : le fruit.
Autour, les pratiques agroécologiques font loi depuis longtemps. Travail des sols, enherbement des inter-rangs, composts organiques, zéro désherbant, zéro insecticide. Les certifications HVE et VDC depuis 2015 sont la validation officielle d'une philosophie bien antérieure.
Le Domaine va plus loin encore : vergers replantés, chênes truffiers, jachères mellifères, tonte tardive pour laisser les pollinisateurs faire leur travail.

2022 : le millésime qui a tout donné
Printemps frais, puis été qui s'emballe. Floraison précoce, dix jours d'avance sur la moyenne. Un été sec, solaire, généreux — presque trop, pour qui n'est pas prêt.
Mais sur ces coteaux bien exposés, le Pinot Noir a absorbé cette chaleur avec équilibre, accumulant maturité et concentration sans perdre sa fraîcheur naturelle. Le 30 août, les vendanges commencent dans des conditions sanitaires parfaites. Le raisin est sain, concentré, prêt.
Une vinification qui respecte ce que la vigne a fait
Les vendanges sont exclusivement manuelles, progressives, parcelle par parcelle selon la maturité de chaque rang. Le tri commence à la vigne, pas à la cave. Les raisins arrivent en caisses ajourées, immédiatement, sans attente ni oxydation.
À la cave, le travail est tout aussi minutieux. Tri manuel sur tapis, encuvage gravitaire en vendange entière — pas de pompe, pas de brusquerie. Un cinquième du volume est foulé aux pieds, comme on faisait avant, parce que ça marche. L'infusion semi-carbonique dure trois jours, avec des remontages quotidiens pour extraire doucement la couleur, les arômes, la texture — sans jamais forcer.

La fermentation alcoolique se termine ensuite à 80 % en cuve inox et 20 % en pièces bourguignonnes de seconde main, qui apportent une micro-oxygénation subtile sans dominer le fruit.
Fermentation malolactique naturelle, faible sulfitage, filtration légère... chaque intervention est pensée pour préserver ce que le terroir et le millésime ont construit.
L'élevage suit la même logique de patience : 10 mois sur lies, puis 2 ans en bouteille avant commercialisation. Ce n'est pas de la précipitation. C'est du respect.
Dans le verre

La robe annonce la couleur — au sens propre. Rouge garance limpide aux reflets rubis : ni rosé pâle, ni rouge profond. Un entre-deux assumé, une identité revendiquée.
Le nez s'ouvre sur une intensité aromatique franche : fruits des bois mûrs, cerise noire, violette. Laissez-lui quelques minutes et le vin se révèle davantage — amande sèche, épices douces, une profondeur qui surprend pour un rosé.
En bouche, l'attaque est généreuse et nette. La matière fruitée est là, profonde, mais ce qui frappe c'est la texture : des tannins d'une finesse rare, poudreux, presque soyeux, qui enveloppent sans jamais alourdir. L'acidité est fondue, équilibrante, et une salinité minérale traverse le vin de bout en bout, donnant à la finale une longueur et une fraîcheur remarquables.

Quand et comment le boire ?
À 12-14°C, dans un verre suffisamment large pour laisser le vin s'exprimer. Cinq minutes d'ouverture dans le verre suffisent à le réveiller. Pour les amateurs de fruit et de jeunesse, les trois à cinq prochaines années sont idéales.
Pour ceux qui préfèrent la complexité et la profondeur, mieux vaut attendre 8 à 10 ans. La dégustation récente d'un millésime 1985 a rappelé une vérité simple : ce vin sait traverser le temps avec grâce.
À table

Le Rosé des Riceys La Forêt est un vin de gastronomie dans le sens le plus noble du terme. Andouillette de Troyes grillée, tournedos Rossini, gibier à plume en sauce, pâté en croûte maison — il s'accorde avec les plats qui ont du caractère, ceux qui demandent un vin à leur hauteur. Pas un vin d'apéritif, pas un vin de piscine. Un vin de table, de conversation, de moment partagé.
Le Rosé des Riceys 2022 est en vente chez les cavistes au prix public conseillé de 39€.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Consommez avec modération.
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